Les troubles oncognitifs ou Chemobrain

I – Le chemobrain, c’est quoi ?

1.1. Le contexte

Apparu dans la littérature scientifique américaine dans les années 80, le “chemobrain” (littéralement, le “cerveau chimio”) a apposé un nom aux effets de la chimiothérapie qui concerne de 30 à 50% des patients.

Antérieurement attribuées à tort exclusivement à la dépression consécutive à l’annonce de la maladie, ils sont alors clairement localisés grâce à l’imagerie médicale. Des dysfonctionnements majeurs de zones impliquées dans la cognition (cortex frontal et préfrontal, amygdale, hippocampe) ainsi qu’une toxicité gliale et neuronale propre aux chimiothérapies et traitement adjuvants passant la barrière hématoencéphalique, en étaient la preuve. Le “chemo brain” était bel et bien réel et rendait sa légitimité à la plainte des patients.

1.2. Quelle terminologie utiliser ?

Les anglo saxons utilisent aussi le terme “chemofog” (ou “brouillard chimique”) pour désigner l’état de confusion mentale spécifique dont se plaignent 75% des patients affectés par les effets toxiques de la chimiothérapie. Ils accusent des pertes de mémoire immédiate, visuospatiale, concentration et capacité d’exécuter plusieurs tâches en même temps.

Or, il convient de s’interroger sur la précision de cette dénomination, exclusivement rapportée à la chimiothérapie. D’autres traitements oncologiques tout aussi cyto-toxiques tels que la radiothérapie, l’immunothérapie, l’hormonothérapie ou les nouvelles thérapies ciblées, ont des conséquences délétères sur le fonctionnement du cerveau.

Il apparaît légitime de s’interroger sur une dénomination plus appropriée du “chemo brain” ou “chemo frog” en y posant le sceau d’un néologisme, qui plus est français ! C’est ce que la Présidente d’Oncogite, la Dre. Véronique Gerat-Muller propose, pour rendre le jargon de la communauté médicale compréhensible aux yeux de tous en instaurant le terme de brouillard oncognitif

1.3. Les causes

Dans l’identification des causes, il s’avère primordial de ne pas confondre les symptômes propres à une dépression, au burn out, aux pathologies neurodégénératives type démence ou Alzheimer, psychoses, névrose, tdah, etc., si présentes dans le registre de la remédiation cognitive et qui sont d’un autre ordre.

Le “brouillard oncognitif” commence à se manifester par l’inflammation du cerveau conséquente à la tumeur. Il s’accentue avec le traitement oncologique qui diminue la production de cellules cérébrales et altère les autoroutes de connexion neuronale puisque substance grise et blanche diminuent. Une atrophie de l’hippocampe, siège de la mémoire (notre disque dur en quelque sorte), est souvent constatée. Interviennent aussi les facteurs génétiques propres à chacun et leur niveau d’activité cognitive antérieure à la maladie sont des éléments de pronostic favorables à une rééducation optimum.

1.4. Les conséquences

Il faut savoir que, chaque année, sur une population de 382.000 personnes atteintes d’un cancer, 50% sont affectées par les séquelles cognitives. 1 personne sur 3 perd ou quitte son emploi dans les 2 ans après le diagnostic (données Inca 2018). Les processus de mémorisation et de classement d’information, à commencer par l’attention immédiate, l’exécution simultanée de taches, l’identification des visages, la reconnaissance des objets quotidiens, sont en quelque sorte endormis et provoquent un sentiment de doute, parfois de panique et souvent de honte, difficile à gérer psychologiquement d’autant que l’entourage n’a pas conscience qu’il s’agit d’un dommage collatéral du traitement oncologique.

Il s’ensuit une perte de repères, d’autonomie, de confiance en soi, avec la double peine de la stigmatisation sociale de la maladie et des facultés cognitives minorées.

  • Attention: concentration/ attention partagée/ inhibition/ actualisation
  • Perception: visuelle/ spatiale/ balayage/ estimation/ auditive/ reconnaissance
  • Mémoire: auditive/ visuelle/ de travail/non verbale/ contextuelle
  • Raisonnement: vitesse de traitement/ planification/ flexibilité cognitive

Ce n’est que très récemment que des patientes atteintes de cancer du sein ont osé s’exprimer sur la perte de facultés qu’elles croyaient, abusivement, être causées par le stress de l’annonce de la maladie. Une fois le tabou levé, ce faisceau de symptômes a été relevé dans d’autres types de cancers dont les lymphomes, et constaté sur toutes les modalités de traitement: chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie, immunothérapie.

Les effets peuvent se manifester jusqu’à 4 ans après la fin du traitement oncologique même si, en règle générale, ils s’atténuent ou se résorbent au bout de 12 à 18 mois.

  1. Articles scientifiques

« Cancer-Related Cognitive Impairment » (CRCI) (Lange et al., 2019)

Chemobrain, Chemofog décrits depuis les années 90

Syndromes auto-immuns paranéoplasiques (atteinte limbique) (de Broucker, 2011)

Chimiothérapies (Ahles et al., 2012, Janelsins, M. C., et al., 2017).
Toxicité directe (5FU, méthotrexate, ifosfamide) ou indirecte